Il fait un peu frais, dans la maison. Car nous sommes à l’automne, peut-être en hiver, et dehors il fait froid. Je colle mon nez à la vitre pour regarder dehors, tenter de percer le ciel gris et l’humidité qui recouvre les choses.
Dans le salon à quelques mètres de moi, dans un large fauteuil à accoudoirs, mon père a les yeux dans le vide, dans le vague. Son regard impénétrable ne dit pas s’il songe ou s’il se repose, tout simplement.
Installée devant son clavier, la petite silhouette de ma mère danse au rythme de ses mains habiles et douces qui fourmillent sur le piano. Je vois son visage qui s’incline avec douceur et respect en suivant le tempo d’une valse de Chopin ou d’un impromptu de Schubert, interprétant l’œuvre de tout son corps, emplissant toute la maison d’une atmosphère singulière, d’un autre temps. Feutrée, délicate, romantique, nostalgique, intellectuelle.
Demain nous serons lundi et ce sera l’école. Un pincement au cœur me rend mélancolique, tristement heureux. Je regarde par la fenêtre, et mon souffle vient déposer une tâche de buée sur la vitre froide.